Cabinet d'écrivains publics et de conseil en communication écrite

L'édito de l'écrivain public

La République des poltrons

"C'est le grave péril qui fait du peuple quelque chose qui mérite le respect, le péril qui seul nous permet de connaître nos moyens, nos vertus, nos armes et nos défenses, notre esprit, bref qui nous oblige à être forts." Nietzsche


Il y a dans l'air comme un parfum estival de lâcheté. Curieusement, cet effluve nauséabond colle à la peau de nos élus, qui ne cessent d’opposer des arguments hypocrites à leurs administrés, ces derniers demeurant incrédules face à la démagogie outrancière de leurs représentants zélés. Car depuis l’attentat de Nice, maires et préfets se livrent à une surenchère d’arrêtés, interdisant de concert fêtes et manifestations en tout genre. Il semble bien loin le temps où les responsables de l’exécutif clamaient haut et fort « le terrorisme ne nous empêchera pas de vivre ! », ou bien « ne nous laissons pas gagner par la peur ! », et encore « faisons bloc !». L’aplomb qui était le leur il y a peu de temps encore révèle de manière flagrante qu’il n’était qu’une énième opération de communication.

Ainsi, en réponse sécuritaire à l’acte de barbarie varois, l’on assiste partout dans l’Hexagone à l’annulation de festivités dûment préparées par des comités des fêtes aujourd’hui consternés, et qui doivent, la mort dans l’âme, prévenir sponsors et bénévoles de tout poil qu’il faut désormais céder à la peur en restant bien calfeutrés dans les chaumières…

Ne nous y trompons pas. Les procédures visant à engager la responsabilité de l’État et de la ville de Nice ont refroidi le peu de hardiesse qui subsistait dans les souvenirs d’enfance de nos dirigeants. Quelques proches des victimes de la promenade des Anglais ont décidé de porter plainte contre les personnes qui étaient en charge de la sécurité ce soir-là : préfet, président de région, maire, organisateurs des festivités... Apeurés, tel un troupeau de moutons qui s’enfuirait à l’approche du loup, les responsables territoriaux brillent par leur manque de courage face à l’adversité. Car, pour tout dire, le drame de la Faute-sur-Mer et la responsabilité engagée de son maire a marqué ces esprits démagogues, la condamnation de leur pair pour « homicides involontaires » lors du « procès Xynthia » n’étant encore que trop présente dans les méandres de leur mémoire sélective et un brin paranoïaque.

A présent, tout n’est donc que prétexte à tirer un trait sur les joies estivales, souvent de façon unilatérale, en se gardant bien de convier les parties concernées autour de la table. Même les petits villages ne dérogent pas à la frénésie des décisions arbitraires. Alors qu’il suffirait que l’élu de la commune demande à quelques paysans volontaires et aux tireurs sportifs de poster leurs tracteurs aux accès des manifestations et de se munir discrètement de fusils de chasse, de pistolets et révolvers de tous calibres. Mais chut ! Ce n’est pas politiquement correct et sonne comme un aveu implacable d’impuissance, qui tente vainement de nous cacher que les institutions ne sont plus en mesure d’assurer la protection des citoyens de la maison France. Triste lâcher de bouclier d’une nation qui abdique et ploie devant l’hypothèse d’une prochaine boucherie intégriste. En remontant quelques siècles en arrière, jurons que les chevaliers de la Renaissance auraient observé la couardise de nos pseudos élites comme un spectacle du plus haut comique ! Ne nous étonnons plus alors que nos jeunes se tournent vers des paradis virtuels et artificiels, tant le monde aseptisé et protectionniste que nous leur concoctons transpire l’ennui.


Jean-Louis Odin